Le seigneur de guerre Obedi Rusagara, dit Bede, a été abattu ce 29/08/2015 à Uvira par les FARDC

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Les populations locales se réjouissent et regrettent à la fois

Le Major déserteur des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) Obedi Rusagara plus connu sous le surnom de Bede est tombé, ce samedi 29 août 2015 autour de 17 heures au quartier Kasenga dans le territoire d’Uvira, sous les balles des éléments de l’unité chargée de l’opération « Sokola 2 » dans la province du Sud-Kivu. Entré en dissidence vis-à-vis des forces armées peu avant les élections de 2011, le Major Bede qui s’était autoproclamé Général en 2013 était à la tête de la milice maï-maï dénommée « Coalition des Congolais pour la Libération », en sigle CCL, active dans la Plaine de la Ruzizi, entre Luberizi, Mutarule et Sange. Ici, il se passe rarement une semaine sans qu’on ne dénonce de cas d’assassinat ciblé, d’incursions nocturnes d’hommes armés dans les maisons civiles ou de pillages de bétail.

 

Un des seigneurs de geurre érudits et les plus recherchés du teritoire d’Uvira ces dernières années, Bede est tombé dans un piège lui tendu par les FARDC. En effet, répondant à un rendez-vous d’affaires pris au téléphone avec une dame sur l’avenue Shabunda à Mulongwe au centre-ville d’Uvira, le chef milicien Bede au volant de son véhicule de marque Toyota RAV4 sera surpris d’y trouver des éléments des forces armées qui l’attendaient. Evitant d’entrer dans la parcelle de rendez-vous, il a tout de suite rebroussé chemin en prenant la direction du quartier Kasenga d’où il était venu. Une jeep et des motos transportant des militaires se sont aussitôt mis à ses trousses.

 

Arrivé à la hauteur de l’avenue Bismillah, le fuyard décida de quitter la route principale et il dévia sa voiture vers la gauche. Et comme ceux qui le poursuivaient ne lâchaient pas prise, il arrêta le véhicule et l’abandonna. En compagnie de son lieutenant connu sous le pseudonyme de Jojo, il poursuivit sa fuite à pied. Mais, ce chef milicien sera vite rattrapé par des militaires dans une maison où il venait de se cacher sous le lit. Aussitôt, un militaire lui a logé deux balles, l’une à l’épaule et l’autre à la jambe droites avant de le prendre. Blessé, il a été embarqué dans la jeep militaire à destination du quartier général de Sokola 2. Et après, les militaires sont allés déposer son corps sans vie au Centre de santé militaire. A-t-il succombé des blessures reçues à Kasenga ou il a été achevé après son arrestation ? Les versions divergent. Mais ce qui est vérifié, c’est qu’en plus de l’épaule et de la jambe, le corps de la victime présentait d’autres impacts de balles et de poignard, notamment à la poitrine et au ventre. Il n’est pas exclu que ce malfrat ait fait l’objet d’une exéctuion sommaire par ceux qui l’ont arrêté.

 

Interrogées sur cette disparition, une bonne partie des habitants de la Plaine de la Ruzizi ayant requis l’annonymat ont exprimé un double sentiment de joie et de regret. Ils se réjouissent que ce chef milicien sans foi ni loi soit mis hors d’état de nuire et qu’il ne leur causera plus de tort. En même temps, ils déplorent que les forces armées n’aient pas pu le garder vivant, préférant le liquider immédiatement au lieu de le déférer devant la justice. C’est peut-être la crainte d’éventuelles révélations que pourrait faire Bede sur la couverture qu’il aurait chaque fois de la part de certaines personnalités qui a amené les autorités militaires à l’éliminer purement et siplement et couper ainsi l’herbe sous les pieds de la justice.

 

L’activisme de Bede est cité parmi les causes du climat d’insécurité et des relations malsaines dans la Plaine de la Ruzizi entre les Bafuliru, les Barundi et les Banyamulenge qui habitent la localité de Mutarule et ses environs. En effet, la milice qu’il dirigeait ainsi que celles sous le commandement notamment de Karakara et Simuzizi servent chaque fois de prétexte aux miliciens armés appartenant aux deux autres communautés Barundi et Banyamulenge qui se croient minoritaires et menacées, de commettre, en toute impunité, des massacres contre des populations civiles fuliru innocentes en signe de réprésailles aux vols et tueries récurrents de leurs bétails par les éléments Maï-maï. En plus, observe un habitant de la Plaine de la Ruzizi, « Bede et ses hommes servaient d’exécutants en matière des règlements de comptes dans les conflits entre certains individus ».

 

Egalement, feu Bede était réputé entretenir de vastes connexions avec certaines rébellions qui ont eu à mettre à feu et à sang les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu. Il avait combattu dans les milices d’auto-défense ayant résisté contre le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) Goma en 1998, il a été au dialogue de Sun City sous le label Maî-maï proche du RCD, puis il a, tour à tour, été au service des FARDC réunifiées, du CNDP, des FARDC avant de déserter et former sa propre milice. Pour rappel, Mr Obedi Rusagara a, en mai-juin 2004, pris part à l’insurrection de Jules Mutebutsi et Laurent Nkunda à Bukavu.

 

Beaucoup de gens accusaient tout bas Bede d’être auteur de plusieurs cas d’assassinat des cambistes, de cambriolage routier, d’enlèvement des civils d’expression burundaise et rwandaise, de rançonnement des commerçants et autres structures sociales et économiques (hôpitaux, écoles, agences de voyage, etc.) à qui il envoyait des émissaires ou il glissait la nuit des notes sous les portes des maisons leur exigeant de lui verser des montants précis d’argent ou des matériaux de construction en signe d’effort de guerre.

 

Une certaine opinion à Uvira soutient que Bede n’avait jamais rompu totalement ses liens avec ses ex-mentors du CNDP qui ont mué en M23. Des chefs d’autres groupes armés locaux disent, quant à eux, que le pouvoir congolais recourait souvent à Bede pour liquider certains d’entre eux. « Bede paie aujourd’hui le double jeu auquel il s’adonnait depuis plusieurs années », a martelé un milicien qui n’a pas voulu être nommément cité.

 

Jusqu’à sa mort, le Major Obedi Rusagara n’a jamais été radié de l’armée congolaise malgré sa désertion. Sa liquidation ce jour par cette même armée ne pourrait donc en rien être un motif d’exemption de l’Etat congolais de sa co-responsabilité dans les différents crimes de sang et autres atteintes aux droits économiques de la paisible population vivant ou fréquentant la Plaine de la Ruzizi imputables à cet officier supérieur mué en seigneur de guerre et à ses hommes.

 

Héritiers de la Justice souhaite que le cas Bede soit une interpellation de la conscience des autres seigneurs de geurre qui s’adonnent à cœur joie aux atteintes des droits humains dans le territoire d’Uvira et abandonnent immédiatement les armes.

 

Néanmoins, Héritiers de la Justice voudrait que l’Etat congolais cesse de recourir aux pratiques qui violent aussi les droits humains, dont l’exécution extrajudiciaire sous le couvert de la traque des groupes armés et autres criminels.

 

 

Bukavu, le 31/08/2015

 

Héritiers de la Justice

Héritiers de la Justice (HJ) est une organisation spécialisée dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l’homme dans la Région des Grands Lacs.
Créée en 1991, Héritiers de la Justice figure parmi les toutes premières organisations des droits de la personne, nées juste après la libéralisation des activités politiques et le début du processus de démocratisation au Congo (Zaïre a l’époque) et dans la Région des Grands Lacs en général.
Héritiers de la Justice a été fondée par trois personnalités de la Région, soucieuses du niveau de répression des populations civiles sous le régime dictatorial de Mobutu ainsi que le degré d’ignorance dans laquelle croupissaient les masses paysannes, voire les populations en milieux urbains.
Apres une étude menée sur le terrain dans quelques 30 villages du Kivu, Héritiers de la Justice était convaincu que c’est a cause du fait que la population était quasi totalement ignorante de ses droits et devoirs qu’elle était victimisee.
Actuellement Héritiers de la Justice travaille avec plus de 60 organisation à la base dans les villages et villes du Kivu en particulier et dans la région des Grands Lacs en général. Ses activités sont tissées au tour de 4 domaines principaux à savoir:

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  • Enseignement des droits humains et la paix dans les écoles primaires et sécondaires ainsi que le travail de lobbying et advocacy aux niveaux local, régional et international.