Une nouvelle calamité naturelle dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu: 3 personnes disparues et une vingtaine de maisons détruites par une pluie torrentielle à Bushushu

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site helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">Quid des mesures préventives prises par les pouvoirs publics

 

Dans la nuit du jeudi 28 au vendredi 29/10/2015, vers 19h00, la rivière Lukungula longeant le groupement Bushushu dans le territoire de Kalehe a été inondée à la suite d’une pluie diluvienne qui s’est abattue sur cette partie de la province du Sud-Kivu en RD Congo. Le bilan provisoire fait état de 3 personnes disparues, à savoir une femme et deux enfants, une vingtaine de maisons endommagées et la route nationale Bukavu-Goma coupée. Les autorités politico-administratives locales se sont rendues sur le lieu du sinistre pour constater les dégâts, réconforter moralement les sinistrés et organiser les travaux de recherche des personnes portées disparues.

 

Cette catastrophe n’est pas la première dans cette contrée. Tout récemment, en date du 13/10/2015, un ouragan a terriblement sévi encore dans ce territoire. Il y a eu un mort à Nyabibwe et plusieurs maisons d’habitation, bâtiments scolaires, églises et bureaux ont vu leurs toitures emportées à Kalehe-centre et environs.

 

En août 2015, un séisme de magnitude 5,3 sur l’échelle de Richter a secoué la province du Sud-Kivu, notamment les territoires de Kabare, Kalehe et Walungu ainsi que la ville de Bukavu. Le bilan a été très lourd en termes de dégâts humains et matériels. Plusieurs maisons et autres édifices publics en ont encore payé les frais.

 

Comme si cela ne suffisait pas, l’an passé, plus précisément au mois d’octobre encore, une avalanche des pierres a enseveli les villages Kasheke, Tchofi et Cibanja du groupement Bushushu dans le territoire de Kalehe consécutivement à des fortes tornades qui se sont abattues sur les lieux du 24 au 26/10/2014. D’énormes pertes en vies humaines ainsi que des dégâts matériels ont encore été déplorés à cette sinistre occasion. On a dénombré 134 personnes mortes ou portées disparues jusqu’à ce jour et 155 familles restées sans abri.

 

Même si la responsabilité de l’Etat congolais n’est pas totalement avérée dans ces événements malheureux, quelle a été sa part dans l’assistance aux différentes victimes de ces calamités naturelles ?

 

Selon nos sources, après la catastrophe d’octobre 2014 à Kasheke, Tchofi et Cibanja, l’Etat congolais, à travers le gouvernement provincial, a accordé 20 tôles, des vivres et des non vivres à chacun des ménages victimes. Mais jusqu’à présent, les victimes n’ont pas pu reconstruire de nouvelles habitations, faute de terrain et de matériels de construction suffisants. La chefferie a donné un terrain aux familles sinistrées mais la société Pharmakina ne l’entend pas de cette oreille au motif que ce terrain lui appartient.

 

Au lendemain du séisme, l’Etat congolais a offert 500 sacs de ciment et des bâches. Les bureaux administratifs et le poste local de la police nationale congolaise ont reçu chacun 20 sacs de ciment. Les miettes qui sont restées ont été distribuées aux personnes physiques victimes. Selon nos sources, cette assistance était tellement dérisoire que les victimes n’ont pas pu être réhabilitées dans leurs droits de jouir d’un logement décent. Il est à craindre que si une secousse similaire se produisait demain, la région étant située dans une zone sismique et à fortes précipitations, les pertes en vies humaines et matérielles ne soient incalculables. Notons que certains autres organisations humanitaires locales et internationales, des personnes physiques voire des partis politiques avaient également apporté leur secours notamment en vivres et non vivres aux sinistrés de 2014 à Kalehe.

 

Héritiers de la Justice estime, comme plusieurs spécialistes en environnement, que les dégâts enregistrés à la suite de ces calamités naturelles successives dans le territoire de Kalehe sont en grande partie amplifiés par le fort déboisement des flancs de montagnes et collines qui surplombent les villages situés sur la route Bukavu-Goma. L’Association rappelle que, non seulement les pratiques agricoles locales consistant essentiellement à la culture sur brulis et à l’intense coupe du bois pour la production de la braise par défaut du courant électrique sont à la base de cet état de calamité récurrente, mais aussi la « grande machine » qui a dénudé le sol de cette partie du Sud-Kivu a été le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) qui, de 1994 à 1996, a, avec l’accord des autorités congolaises de l’époque, procédé à l’abattage quasi-systématique de la forêt afin d’approvisionner en bois de chauffe les centaines de milliers de réfugiés rwandais installés dans les camps au Sud-Kivu après le génocide de 1994 dans leur pays.

 

Pour prévenir le pire, Héritiers de la Justice recommande à l’Etat congolais d’envisager urgemment un vaste programme de reboisement des espaces fortement déboisés par le fait de l’action humaine et de recourir aux mécanismes internationaux pour amener les Nations Unies, à travers son agence chargée des réfugiés, à appuyer techniquement et financièrement ce programme en application du principe des « pollueurs-payeurs ».

 

Aussi, pour éviter que, bon gré mal gré, les populations ne se mettent continuellement en danger en recourant chaque jour à la coupe du bois pour satisfaire les besoins vitaux en énergie et autres, Héritiers de la Justice demande à l’Etat congolais de mettre en valeur les potentialités énergétiques qui regorgent les multiples cours d’eau qui descendent des montagnes et collines et qui sont chaque fois à la base de pertes en vie humaine et matérielles en saison de pluies. En clair, dans sa planification, l’Etat devrait accorder toute la priorité voulue à la construction, avec l’aide des organisations humanitaires et autres, des microcentrales qui alimenteront en énergie électrique les différents villages. Ce qui contribuera aussi au développement, voire à la réduction de la violence due notamment au taux élevé de chômage et à la pauvreté accrue dans la contrée.

 

Visionnaire, l’explorateur britannique Henry Morton Stanley n’avait-il pas dit il y a de cela plus d’un siècle : « Ces chutes qui constituent aujourd’hui un obstacle à la navigation sur le fleuve Congo seront demain une force qui éclairera toute l’Afrique ». Cette prédiction n’est-elle pas en train de se matérialiser avec les travaux d’aménagement du site d’Inga dans la province du Congo central amorcés dans les années septante par le régime Mobutu ?

 

Héritiers de la Justice réalise que l’Etat congolais a l’obligation de faire de même dans le territoire de Kalehe et ailleurs dans la province du Sud-Kivu s’il veut réellement que l’on cesse de pleurer les morts et les dégâts matériels imputables, non seulement à la sévérité de la nature, mais aussi à la négligence de l’homme et à son déficit de planification cohérente pour le développement durable.

 

Bukavu, le 30/10/2015

Héritiers de la Justice

Héritiers de la Justice (HJ) est une organisation spécialisée dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l’homme dans la Région des Grands Lacs.
Créée en 1991, Héritiers de la Justice figure parmi les toutes premières organisations des droits de la personne, nées juste après la libéralisation des activités politiques et le début du processus de démocratisation au Congo (Zaïre a l’époque) et dans la Région des Grands Lacs en général.
Héritiers de la Justice a été fondée par trois personnalités de la Région, soucieuses du niveau de répression des populations civiles sous le régime dictatorial de Mobutu ainsi que le degré d’ignorance dans laquelle croupissaient les masses paysannes, voire les populations en milieux urbains.
Apres une étude menée sur le terrain dans quelques 30 villages du Kivu, Héritiers de la Justice était convaincu que c’est a cause du fait que la population était quasi totalement ignorante de ses droits et devoirs qu’elle était victimisee.
Actuellement Héritiers de la Justice travaille avec plus de 60 organisation à la base dans les villages et villes du Kivu en particulier et dans la région des Grands Lacs en général. Ses activités sont tissées au tour de 4 domaines principaux à savoir:

  • Formation et capacitation des leaders locaux;
  • Dissémination de l'information visant à éduquer la masse sur les questions des droits de l'homme;
  • Coéxistence et acceptation mutuelle entre les communautés, la promotion de la paix à travers la facilitation d'un dialogue intercommunautaire et
  • Enseignement des droits humains et la paix dans les écoles primaires et sécondaires ainsi que le travail de lobbying et advocacy aux niveaux local, régional et international.