Commémoration chaque année des massacres au Sud-Kivu

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L’appel répété à la justice lancé par les rescapés fait le moindre des soucis des pouvoirs congolais

 

Le samedi 14 mai 2016 les populations de la localité de Katogota, dans le groupement Itara/Luvungi, chefferie des Bafuliru dans le territoire d’Uvira en province du Sud-Kivu ont célébré le 16ème anniversaire du massacre de plus de 100 personnes dont de nombreux enfants et femmes par des soldats du mouvement politico-militaire le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma). Trois semaines après, c’est-à-dire le lundi 06 juin 2016, les habitants de la localité de Mutarule dans la chefferie voisine de la Plaine de la Ruzizi ont aussi commémoré le deuxième anniversaire du massacre de 33 personnes par des hommes armés. Ce carnage dont les victimes sont toutes de la tribu Bafuliru a été commis en présence des éléments des forces armées de la RD Congo (FARDC) et de la Police nationale congolaise (PNC) qui se sont abstenus de réagir ou d’apporter une assistance à ces civils qui, pour la plupart, étaient en retraite spirituelle de pentecôte dans la paroisse locale de la Communauté des églises de pentecôte en Afrique centrale (8è CEPAC), ou aux soins médicaux dans le centre de santé voisin de cette église.

 

Les éléments des forces de la mission de l’ONU au Congo (MONUSCO) basés à Sange, non loin de là n’ont pas, eux aussi, répondu aux cris de détresse leur lancés par les victimes. Jusqu’à ce jour, aucun présumé auteur n’a été arrêté et les résultats de l’enquête qui aurait été diligentée par les autorités ne sont toujours pas connus. Et l’engagement solennel pris par le Gouverneur de province de commencer en juin ou juillet 2015 les audiences sur ce crime odieux ne s’est jamais matérialisé.

 

Ces deux massacres récemment commémorés dans le territoire d’Uvira rappellent nombreux autres jetés, comme eux, dans les oubliettes du pouvoir judiciaire et du gouvernement aux niveaux provincial et national. En effet, depuis la guerre de l’AFDL en 1996 à ce jour, le Sud-Kivu est l’une des provinces congolaises qui ont enregistré le plus grand nombre de massacres des populations civiles. Ces crimes odieux sont perpétrés tantôt par des mouvements rebelles, tantôt par des groupes et milices armés se voulant de résistance, tantôt par des éléments des FARDC ou les armées étrangères burundaises ou rwandaises lorsque ces dernières occupaient une partie du territoire congolais. Les victimes sont souvent de deux sexes et de tous âges : enfants, adultes et vieux, jeunes filles et jeunes garçons, femmes et hommes.

 

Un autre point commun qui se dresse à l’issue de tous ces massacres, c’est qu’au-delà du fait que ceux-ci sont ponctués ou non d’annonces d’enquêtes ouvertes par les autorités, il n’y a jusqu’alors aucun rapport rendu public ni aucun procès judiciaire qui a déjà eu lieu à ce sujet.

 

Sans être exhaustif, le tableau ci-dessous donne une idée sur ces événements macabres qui jonchent l’histoire récente des populations du Sud-Kivu et dont se rappellent d’année en année les rescapés et les familles des victimes mais qui, malheureusement, demeurent le moindre des préoccupations des autorités judiciaires et politiques qui devaient légalement en faire la lumière et réprimer les auteurs ainsi que réparer les préjudices causés aux familles des victimes.

 

Lieux/localités ciblés

Dates de massacre

Nombre et spécificités des victimes

Présumés auteurs

Kiliba en territoire d’Uvira

18/10/1996

Plus de 80 personnes civiles massacrées

AFDL (combattants Banyamulenge)

Makobola 1 et 2 en territoires de Fizi et d’Uvira

Entre le 30/12/1998 et le 03/01/1999

506 personnes dont 139 femmes, 98 filles et 96 garçons

RCD-Goma

Burhinyi, territoire de Mwenga

17/03/1999

Plus de 72 personnes tuées dont la plupart sont des femmes, des enfants et des vieillards.

Militaires au service du RDC-Goma

Marché de Kahungwe dans le territoire d’Uvira

23/10/1999

58 personnes dont 04 enfants et 13 femmes

Militaires du RCD-Goma

Kasika-Kalambi, chefferie de Lwindi, territoire de Mwenga

Novembre 1999

14 femmes enterrées vivantes

Militaires au service du RCD-Goma sous les ordres du Commandant Franck Kasereka

Katogota dans le territoire d’Uvira

14/05/2000

124 personnes massacrées dont la plupart sont des femmes et des enfants

Militaires au service du RCD-Goma

 

Lieux/localités ciblés

Dates de massacre

Nombre et spécificités des victimes

Présumés auteurs

Kakombe, Kizozi, Kirumba, Mboko en territoire de Fizi ; Lemera, Rubanga, Mangwa et Bwegera dans celui d’Uvira

Entre le 1er et le 04/04/2000

125 personnes tuées dont 38 femmes et 19 enfants

Militaires du RCD-Goma

Katekama entre Nyakabere et Mutarule dans le territoire d’Uvira

12/09/2000

15 personnes abattues dont 3 femmes et 2 enfants en provenance de Sange pour le marché de Kiringye à bord d’un minibus

Militaires du RCD-Goma

Nyamirera à Bunyajiri, territoire de Kalehe

03/02/2001

15 personnes massacrées et 6 autres blessées.

Hommes armés et en uniforme militaire

Mwaba dans la Plaine de la Ruzizi, territoire d’Uvira

15/05/2001

44 personnes réunies au deuil

Armée burundaise (bombardements par avion)

Nyamoma dans la Plaine de la Ruzizi

31/01/2003

7 personnes dont 2 femmes et 2 fillettes

Eléments FNL burundais d’Agothon Rwasa

Rusabagi dans la Plaine de la Ruzizi

24/08/2003

17 personnes tuées dont 5 enfants et 7 femmes ; et 9 blessées

Eléments FNL burundais d’Agothon Rwasa

Camp des réfugiés congolais de Gatumba au Burundi

Nuit du 13 au 14/08/2004

164 personnes massacrées dont la plupart des femmes et des enfants ; plusieurs autres grièvement blessées ou brulées dans leurs abris de fortune

Eléments armés de FNL burundais

Nyalubuzi, Cihamba et Muhungu en groupement de Kaniola, territoire de Walungu

Nuit du 26 au 27/05/2007

17 personnes tuées, une vingtaine blessée et 5 emportées dans la forêt

Eléments FDLR

Kamananga/Bunyakiri dans le territoire de Kelehe

Dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14/05/2012

65 personnes

Miliciens FDLR

Luyuyu, Mogabilu et Ngolombe en territoire de Shabunda

18 et 19 novembre 2012

56 personnes tuées dont 13 enfants, 26 femmes et 17 hommes

Hommes armés qui s’exprimant en Kinyarwanda

Mutarule dans la Plaine de la Ruzizi

30 juillet, 13 et 15 août 2013

14 personnes dont 4 filles, 3 garçons, 2 femmes et 4 hommes

Miliciens armés locaux Barundi, Banyamulenge et Bafuliru

Mutarule dans la Plaine de la Ruzizi

06/06/2014

33 personnes tuées dont 4 filles, 4 garçons, 17 femmes et 8 hommes ; 29 blessés dont 23 femmes

Miliciens locaux Barundi et Banymulenge

Kambeketi dans le territoire de Kalehe

11/08/2014

34 morts et 27 blessés

FARDC et miliciens Raïa Mutomboki

Etc.

 

 

 

 

Tous ces massacres et bien d’autres n’ont jamais fait l’objet d’une réelle enquête de la part des institutions publiques compétentes et d’un quelconque procès. Pourtant, à la suite des massacres récurrents perpétrés à Mutarule, le Gouverneur de province du Sud-Kivu, Mr Marcellin Cishambo, a, lors du Tribunal fictif sur la RD Congo tenu au Collège Alfajiri du 29 mai au 1er juin 2015, solennellement annoncé dans son discours que cette fois-ci les audiences sur ces crimes allaient débuter en juin ou juillet. Ce qui fut un canular car jusqu’à ce jour, rien n’a été fait dans ce sens.

 

L’Asbl Héritiers de la Justice encourage les rescapés et les familles des victimes des différents massacres commis sur le sol congolais ou des pays voisins à toujours commémorer ces événements macabres pour rendre hommage à leurs proches lâchement abattus et pour ne pas les oublier.

 

Aussi, les invite-t-elle à saisir régulièrement la justice de l’Etat où les crimes de masse ont été commis et à se constituer partie civile, et le cas échéant, à saisir la justice internationale, car ces crimes dont ils ont été victimes sont imprescriptibles et répréhensibles devant les juridictions internationales.

 

Enfin, Héritiers de la Justice recommande au gouvernement congolais à s’acquitter de ses obligations nationales et internationales en faisant toute la lumière sur ces crimes contre l’humanité, en diligentant des enquêtes indépendantes dont les résultats seront cette fois-ci rendus publics et en déférant les présumés auteurs devant les cours et tribunaux pour qu’ils répondent de leurs actes. Faire ainsi, contribuera à l’édification d’un Etat de droit et à la réconciliation nationale.

Bukavu, le 22/06/2016

 

Héritiers de la Justice

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Héritiers de la Justice (HJ) est une organisation spécialisée dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l’homme dans la Région des Grands Lacs.
Créée en 1991, Héritiers de la Justice figure parmi les toutes premières organisations des droits de la personne, nées juste après la libéralisation des activités politiques et le début du processus de démocratisation au Congo (Zaïre a l’époque) et dans la Région des Grands Lacs en général.
Héritiers de la Justice a été fondée par trois personnalités de la Région, soucieuses du niveau de répression des populations civiles sous le régime dictatorial de Mobutu ainsi que le degré d’ignorance dans laquelle croupissaient les masses paysannes, voire les populations en milieux urbains.
Apres une étude menée sur le terrain dans quelques 30 villages du Kivu, Héritiers de la Justice était convaincu que c’est a cause du fait que la population était quasi totalement ignorante de ses droits et devoirs qu’elle était victimisee.
Actuellement Héritiers de la Justice travaille avec plus de 60 organisation à la base dans les villages et villes du Kivu en particulier et dans la région des Grands Lacs en général. Ses activités sont tissées au tour de 4 domaines principaux à savoir:

  • Formation et capacitation des leaders locaux;
  • Dissémination de l'information visant à éduquer la masse sur les questions des droits de l'homme;
  • Coéxistence et acceptation mutuelle entre les communautés, la promotion de la paix à travers la facilitation d'un dialogue intercommunautaire et
  • Enseignement des droits humains et la paix dans les écoles primaires et sécondaires ainsi que le travail de lobbying et advocacy aux niveaux local, régional et international.