Assassinat du Colonel Elias Bihishi Rubibi sur fond des massacres de Mutarule

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Un jeu de ping-pong

 

Le vendredi 19 août 2016, le Colonel Elias Bihishi Rubibi a été assassiné vers la place dite « Feu vert » au quartier Nyalukemba de la Commune d’Ibanda dans la ville de Bukavu, province du Sud-Kivu par des hommes armés non identifiés. Son corps était amené à la morgue de l’hôpital général provincial de référence de Bukavu. Cet officier supérieur des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) était le Commandant du Régiment FARDC dont les éléments assuraient la défense de la localité de Mutarule dans la Plaine de la Ruzizi en territoire d’Uvira lorsque 33 personnes civiles ont été lâchement massacrées le 06 juin 2014 dans l’église locale de la 8è CEPAC, dans le Centre de santé et les maisons environnantes.

 

Au lendemain de cet assassinat, les étudiants et les notables de la Communauté Banyamulenge sont allés le samedi 20/08/2016 se plaindre auprès du gouvernement provincial du Sud-Kivu dont les membres étaient réunis en conseil des ministres. Sur un ton ferme, ils ont tous soutenu que les Bafuliiru sont les auteurs de la mort du Colonel Elias, un membre de la communauté Banyamulenge. Ils ont même cité les noms de deux notables Fuliru élus d’Uvira d’en être les commanditaires.

 

Arguant une discrimination dont serait l’objet leur communauté de la part des Bafuliiru dans le territoire d’Uvira et des Babembe dans celui de Fizi et ce, dans une indifférence des pouvoirs publics, ces leaders Banyamulenge, sous la conduite du Président de leur Mutuelle SHIKAMA, Mr Muhamiriza, ont aussi accusé les Babembe de pillage de plusieurs milliers de leurs vaches dans le territoire de Fizi. Ils ont exigé que leur bétail soit remis sans condition après que les étudiants Banyamulenge aient remis au Gouverneur de province du Sud-Kivu un cahier des charges contenant 150 vaches pillées et des personnes tuées à Nemba en territoire de Fizi la semaine qui a précédé. En plus, ont-ils refusé que les Babembe et les Bafuliiru viennent compatir au deuil de leur fils Elias et que le corps du défunt ne soit porté en terre avant que la justice n’ait arrête les auteurs de cet assassinat.

 

Néanmoins, l’enterrement a finalement eu lieu ce mercredi 24/08/2016 après que les notables Banyamulenge vivant à Kinshasa soient parvenus à dissuader ceux basés à Bukavu à abandonner leur revendication consistant à subordonner le retrait du corps de la morgue de l’hôpital à l’arrestation par les autorités des auteurs de cet assassinat. Une forte délégation composée notamment de l’Inspecteur général de la Police Nationale Congolaise, le Général Bisengimana, l’ex-Vice-Président de la République, Mr Azarias Ruberwa, des membres du Cabinet du Président de la République, etc. est spécialement venue de Kinshasa pour participer aux obsèques de cet officier supérieur des FARDC.

 

Quant aux femmes Banyamulenge, elles ont à leur tour rencontré l’autorité provinciale le lundi 22/08/2016 et ont, à l’instar de leurs maris et leurs enfants étudiants, exigé que les vaches emportées, selon elles, par les Babembe, leur soient restituées dans un bref délai et que les autorités provinciales et urbaines de Bukavu appartenant à la tribu des Babembe soient relevées de leurs fonctions et remplacées par les Banyamulenge.

 

Pour leur part, les notables Bafuliru que nous avons pu rencontrer disent beaucoup regretter l’assassinat du Colonel Elias Bihishi Rubibi qu’ils considéraient comme un personnage important qui devait faire la lumière sur l’ordre reçu par les militaires des FARDC de ne pas agir contre l’attaque des populations civiles Bafuliru à Mutarule en date du 06/06/2014. Aussi, niant toute implication de près ou de loin des membres de leur tribu dans cette disparition, les Bafuliru pensent plutôt que les auteurs de cet assassinat seraient à rechercher dans le camp de ceux qui ont intérêt à pérenniser la culture de l’impunité dans la Plaine d’Uvira, c’est-à-dire à ceux qui font tout pour que la vérités sur les massacres répétés de Mutarule ne soit pas connue et que la justice ne soit pas rendue à l’issue du procès en cours d’instance depuis le 12/08/2016. « Les auteurs de cet assassinat devraient plus être recherchés au sein même des forces de sécurité ou dans la communauté ethnique à laquelle appartenait la victime » a soutenu un acteur de la société civile du Sud-Kivu qui a requis l’anonymat.

 

Il sied de rappeler que la mort du Colonel Elias est survenue une semaine seulement après l’ouverture à Mutarule par la Cour militaire du Sud-Kivu des audiences foraines sur les massacres répétés des civils à Mutarule dans le territoire d’Uvira en province du Sud-Kivu. Ce Colonel et six autres personnes dont deux militaires, le Major Kayumba Nyenyeri et le capitaine Ebanyanyoni dit Commando, deux miliciens déserteurs des FARDC Bede Rusagara et Karakara ainsi que deux civils, sieurs Claude Mirindi et Sheria Gahungu sont cités comme prévenus ou renseignants dans le procès délocalisé à Uvira-centre après son début à Mutarule. Plusieurs sources proches de cette Cour militaire siégeant en matière répressive au second degré en chambre foraine à Uvira disent que l’officier assassiné était en possession d’une convocation l’invitant à se présenter devant elle cette semaine afin d’éclairer la religion de cette dernière sur ce massacre.

 

L’asbl Héritiers de la Justice déplore et condamne comme tout le monde l’assassinat de cet officier des forces armées nationales car cela constitue une violation flagrante des droits humains à l’occurrence le droit à la vie conformément à l’article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui stipule que «Tout individu a le droit à la vie ou à la liberté et à la sécurité de sa personne ». Elle demande au gouvernement d’apaiser les tensions et velléités à caractère tribalo-ethnique qui voudraient resurgir entre les Banyamulenge, les Bafuliru et les Babembe à la suite de ce crime. La récurrence des assassinats ciblés et massacres des civils ainsi que des vols des vaches dans les territoires d’Uvira et de Fizi, et les accusations qui s’en suivent chaque fois laissent croire qu’on assiste à un jeu de ping-pong entre les Banyamulenge, les Bafuliru et les Babembe dont les conséquences sont souvent désastreuses en matière des droits humains.

 

Aussi, l’Association souhaite-t-elle que la justice militaire s’investisse ardemment pour mettre la main sur les vrais auteurs et les commanditaires de cet assassinat car ils peuvent aussi détenir d’autres informations susceptibles de donner de la lumière au cycle de violences qui met chaque fois à mal la cohabitation pacifique et sociale entre les groupes tribaux ou communautaires dans le territoire d’Uvira.

 

Héritiers de la Justice recommande aux leaders de trois communautés citées ci-dessus de cesser à distraire la justice ou à chercher, par la surenchère et l’escalade verbale, à influencer le cours du procès sur les massacres de Mutarule. L’Etat a l’obligation d’amener les uns et les autres à laisser la justice faire son travail sans pression.

 

Enfin, Héritiers de la Justice encourage le gouvernement à renforcer l’espace de dialogue entre les leaders des mutualités Shikama, Buguma-Fuliru et Emo’Yambondo en les amenant à œuvrer ensemble pour la décrispation rapide du climat. Il est, en effet, à craindre qu’avec cette escalade verbale des crimes aussi graves que celui qu’a connu la localité Mutarule le 06/06/2014 à la suite du vol des vaches ne se reproduisent en territoire d’Uvura et/ou de Fizi, étant donné que des membres de ces communautés gardent encore des armes à feu qu’ils n’ont jamais remises aux forces régulières.

 

Bukavu, le 24 Août 2016

Héritiers de la justice

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Héritiers de la Justice (HJ) est une organisation spécialisée dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l’homme dans la Région des Grands Lacs.
Créée en 1991, Héritiers de la Justice figure parmi les toutes premières organisations des droits de la personne, nées juste après la libéralisation des activités politiques et le début du processus de démocratisation au Congo (Zaïre a l’époque) et dans la Région des Grands Lacs en général.
Héritiers de la Justice a été fondée par trois personnalités de la Région, soucieuses du niveau de répression des populations civiles sous le régime dictatorial de Mobutu ainsi que le degré d’ignorance dans laquelle croupissaient les masses paysannes, voire les populations en milieux urbains.
Apres une étude menée sur le terrain dans quelques 30 villages du Kivu, Héritiers de la Justice était convaincu que c’est a cause du fait que la population était quasi totalement ignorante de ses droits et devoirs qu’elle était victimisee.
Actuellement Héritiers de la Justice travaille avec plus de 60 organisation à la base dans les villages et villes du Kivu en particulier et dans la région des Grands Lacs en général. Ses activités sont tissées au tour de 4 domaines principaux à savoir:

  • Formation et capacitation des leaders locaux;
  • Dissémination de l'information visant à éduquer la masse sur les questions des droits de l'homme;
  • Coéxistence et acceptation mutuelle entre les communautés, la promotion de la paix à travers la facilitation d'un dialogue intercommunautaire et
  • Enseignement des droits humains et la paix dans les écoles primaires et sécondaires ainsi que le travail de lobbying et advocacy aux niveaux local, régional et international.